J’ai donc passé un week-end dans la belle ville de Lille, beautés dont je n’ai pratiquement pas profité, occupé à participer au « Grand rencard » du PG de mes camarades du Nord.

Une belle participation, près de 400 personnes, beaucoup de militants sur le pied d’œuvre pour préparer les choses, bref un succès. Après un débat vendredi soir à propos de la situation au Chili et en soutien à la candidature de Jorge Arrate dans lequel j’intervenais, samedi j’ai pu entendre Jacques Généreux et Corinne Morel-Darleux l’après midi et un bon discours de Jean-Luc Mélenchon pour conclure cette journée.

Laurence Sauvage et Marie-Laure Darrigade, toutes deux têtes de file du PG aux élections Régionales dans le Nord et Pas de Calais sont également intervenues avant lui avec talents. Le Front de Gauche est donc bien partie dans cette région. Une délégation du PCF était présente dans la salle pour écouter les candidats du PG.

De retour dans la Capitale, me voilà embarqué pour deux jours pour les séances du Conseil de Paris du mois de novembre les lundi 23 et mardi 24 novembre. Un Conseil de Paris une fois de plus bien intense, avec séance de nuit où de nombreux sujets ont été abordés.

J’évoquerai ici les sujets les plus emblématiques et ceux qui peut être seront les plus commentés : vidéosurveillance, (re)municipalisation de l’eau, crèches confessionnelles, Salah Hamouri etc..

Nous avons donc débattu du Plan de vidéosurveillance… Oups ! Pardon maintenant il faut dire « vidéoprotection. » Il parait que ce n’est pas tout à fait la même chose. La première est voulue par la droite, et la seconde par la gauche. Bon, mais enfin à présent tout le monde utilise le même mot… Passons. Les caméras donc ne sont pas là pour nous « surveiller » mais pour nous « protéger ». Du coup, il parait que cela change tout. Ben oui…

Bon, plus sérieusement. Lors de ce Conseil de Paris nous avons voté le Plan proposé par la Préfecture sous l’impulsion du Ministre de l’intérieur M. Brice Hortefeux, nommé « Plan 1000 caméras », et soutenu par le Maire de Paris. Ce qui portera, en les ajoutant à celle déjà en place,  un total de 1302 caméras pour la capitale.

Mes positions sont connues. Je suis opposé à ce plan. Je l’ai déjà dit au Conseil de Paris, j’ai voté contre au Conseil d’arrondissement du 12ème. Mes arguments, et ceux du Groupe communiste et élus du Parti de Gauche, ont été déjà exposés.

Encore un, toutefois que nous avons exprimé avant hier. Lors de la séance précédente du 20 octobre 2008 le Préfet de Police de Paris avait dit les choses suivantes : « La Police nationale est une entreprise de main d’œuvre. Le budget national de la Police nationale, c’est 8 milliards et 140 millions, dont plus de 7 milliards d’euros pour payer les personnels, ce qui est légitime. Mais, on doit aujourd’hui, à Paris comme ailleurs, avoir davantage recours à des technologies nouvelles… » Dans ces propos du Préfet il y a bien un aveu que le but est de réduire la dépense de la fonction publique de la Police nationale entrainant sa transformation, et ce dans un sens bien peu citoyen. Moins de fonctionnaire, plus de caméras. Logique avec la politique de la droite.

Moi, je continue de penser que mes amis socialistes se font globalement « enfumer » par un discours porté par des lobbys privés qui prospèrent dans ce business de la sécurité. Plusieurs socialistes restent gênées, je pense notamment à Philippe Torreton qui siège derrière moi. Il s'en est pas caché quand nous en vaons discuté tous les deux. Mais, d'autres, comme Pascal Cherki (pourtant proche de Benoit Hamon)sont intervenus lourdement pour ce dispositif, oubliant ce qui est écrit dans une publication du PS (dont le titre est révélateur : La France en liberté surveillée) pourtant rédigée par certains de ses proches. Contradiction ? Discours confus ? A chacun d'en juger. Quelques caméras dans des lieux précis où des violences à répétition ont lieu (par exemple le Parc des Princes), peut être. La généralisation de la vidéo dans l’espace public, non.

Bon j’arrête. Deux groupes se sont opposés au Conseil de Paris. Les Verts et notre Groupe communiste et Parti de Gauche. Danielle Simonnet du PG déposera solennellement au Maire de Paris, pour nos deux groupes, les 9500 signatures récoltées par le Collectif contre la vidéosurveillance. Puis le débat continuera. Chacun restant sur ses positions. Voulant faire un « bon coup » les Verts avaient déposé 1302 amendements ! L’artifice peut apparaitre amusant. Pas sûr qu’il eut une efficacité réelle. Nous avons discuté plus de 5 heures du sujet dans la nuit de lundi. Les travées du public étaient vides, aucune journaliste n’était plus là, et beaucoup d’élus avaient quitté la séance.

Voulant « jouer la montre », Jacques Boutault (Maire Vert du 2ème, un type d’ailleurs adorable) a lu des pages de « 1984 » de Georges Orwell. Etait ce vraiment habile ? J’en doute.

Je tiens à le dire ici avec franchise (cela sert à cela un blog, non ?), je n’étais pas convaincu de cette stratégie utilisée ici par les Verts, contre un exécutif municipal dont ils font partie. Moi, j’ai un désaccord  politique avec les socialistes, il est clair, il est net, il est public. Mais, il ne faut pas « déconner », Bertrand Delanoë et les socialistes, ce n’est pas la droite. Sinon, on est dans la confusion absolue. La « guérilla parlementaire » d’amendement à l’Assemblée nationale contre la droite quand elle privatise la Poste, oui. Mais là, au Conseil de Paris, je ne suis vraiment pas convaincu (c'est un euphémisme). Je l'ai dit à mes copains Verts, notamment Yves Contassot pour lequel j'ai une amitié et un respect constant. Je le tiens pour un excellent élu, l'un des meilleurs.

De toute façon, vers minuit, le Président de séance a mis un terme au débat. Les amendements Verts ont été votés en bloc. Nous avons voté pour. Puis nous avons voté contre la délibération concernant la Vidéosurveillance. Mais nous avons été clairement battus. Le PS, le PRG, le MRC, l’UMP, Nouveau Centre et le Modem ont voté pour. Seuls, les 19 élus Verts, Communistes et Parti de Gauche ont voté contre. Le « Plan 1000 caméras » a été adopté. Bataille perdue. Dommage. Mais le débat continuera, j’en suis convaincu. A nous d’être pédagogique et persuatif.

Le lendemain, autre sujet, bien plus enthousiasmant celui-ci. La municipalisation de l’eau.

Pour moi, et je suis intervenu pour le dire, c’est un geste politique fort, un moment clé de cette mandature. Un geste avant tout d’une grande portée symbolique, car, ce qui se fait à Paris est regardé avec attention dans tout notre pays. Ainsi, nous montrons la voie. La gauche ne doit pas seulement défendre les services publics, composantes essentielles de notre « identité nationale », mais elle doit en avoir une conception élargie en proposant de nouveaux services publics dans des secteurs de la vie jusque là laissé aux entreprises  privés. 

Actuellement, les 3/4 des communes font encore le choix de déléguer la gestion de l’eau aux différentes multinationales intervenant dans ce secteur (Veolia, Suez, Saur..).  Ces multinationales réalisent, comme de nombreuses enquêtes menées par des associations de consommateurs l’ont démontré, des marges bénéficiaires très importantes. 

A cause de ces grandes compagnies, l’eau est aujourd’hui non seulement gaspillée en France, mais aussi de plus en plus « marchandisée » et polluée. Dans le monde, l’eau est en train de devenir un enjeu stratégique comparable au pétrole, sous la pression du modèle financier et productiviste, générant parfois des conflits armés. 20 % des êtres humains vivant sur la planète n’ont toujours pas accès à l’eau ! C’est un scandale bien révélateur du monde dans lequel nous vivons.

Le PG considére que seule la gestion intégralement publique de l’eau, conçue et défendue à l’échelle mondiale et appliquée à l’échelle locale, est le seul modèle qui permet de garantir une exploitation raisonnée et la préservation de ce bien commun de l’Humanité. 

J’ai profité également de cette tribune pour réagir au débat qui s’est engagé dernièrement après que la presse ait révélée l’incroyable délabrement du réseau d’eau potable, qui entraîne un gaspillage évalué à 2 milliards d’euros. Contrairement à ce qu’ont dit les grandes compagnies, soutenues par le gouvernement, ce n’est pas « la responsabilité des élus locaux » de le réparer. La logique ne peut être les dépenses pour les contribuables, et les profits pour les entreprises privées. Non. Ce n’est pas aux usagers et aux contribuables de payer la remise en état d’un réseau que continueraient à exploiter des compagnies privées. Cet exemple illustre que l’eau doit redevenir publique. 

La décision qui a été prise à Paris est un donc pas important. C’est même une étape fondamentale pour la suite, si la gauche élue depuis maintenant 8 ans, ne l’avait pas fait, c’eut été un bien mauvais signal qui aurait été envoyé.

Mais, à  la veille d’élections régionales, pourquoi ne pas engager un débat pour que les Régions mettent en place des structures régionales de gestion de l’eau ? Le but serait d’inciter les communes à gérer ce bien commun en régie publique et de leur en fournir les moyens. De nouvelles politiques pourrait alors être mises en œuvre, notamment sur le plan tarifaire : pourquoi pas les premiers mètres cubes gratuits afin de garantir le droit d’accès à ce bien commun, puis un tarif progressif afin de décourager la surconsommation d’eau et la péréquation tarifaire afin de garantir l’égalité des citoyens. 

Pour finir sur ce point, nous avons proposé un amendement qui s’opposé au fait que dans le Contrat d’objectif qui allait de pair avec le nouvel EPIC a qui était confié la gestion de l’eau, il était indiqué que la masse salariale ne pouvait augmenter de plus de 2 %. Fixer les choses ainsi était quelque chose d’inacceptable. Notre amendement a été rejeté.

Autre sujet, nous sommes à nouveau intervenus contre les subventions allouées aux crèches confessionnelles à Paris. La laïcité exige que nous ne financions pas ce type d’établissement. En vain.

En fin de Conseil, notre demande de prise de position en faveur de la libération de Salah Hamouri, ce jeune franco-palestinien injustement emprisonné, a été une fois de plus repoussée. Pas très glorieux de la part de l’exécutif, les arguments avancés contre nous ne volaient pas très haut.

Dernière anecdote amusante. A la toute fin de la séance, les élus socialistes étant très majoritairement absents, nous avons repoussé une délibération qui proposé de louer à des entreprises privées, les salons de l’Hôtel de Ville. Un petit pied de nez qui nous a bien amusé. Quand on est élu, sauf cas exceptionnel, il faut siéger, non ?